Vois-tu, il existe en chacun de nous un témoin silencieux et vigilant. Pour peu que nous écoutions ce qu’il a à nous dire, nous grandissons.
Grandir, ce n’est pas uniquement nous réjouir de nos avancées, de nos succès, de nos progrès… Cela ne consiste pas seulement à nous glorifier de notre lumière en la partageant avec les autres et quelquefois même en la leur imposant. Ce genre de gargarisme très gratifiant est si fréquent de nos jours. Tout le monde veut briller, tenir le haut du pavé, être le meilleur en tout, écraser le voisin ou le collègue sous une illusoire supériorité. As-tu remarqué que certains jeux télévisés invitent les concurrents à s’éliminer mutuellement ? Éliminer l’autre, quelle belle victoire…
Quelle place octroyons-nous généralement au témoin silencieux ? Lui laissons-nous une chance de s’exprimer ? Nous le noyons dans un bruit incessant, dans des flots de musique déstabilisante, des conversations oiseuses ou encore des papotages entachés de médisance. Si au contraire nous prenons le temps de l’écouter, il nous révèle l’incroyable richesse de notre Être intérieur… qui s’exprime grâce à une recherche sincère de notre authenticité. Retiens bien ce mot… l’authenticité. Elle n’est pas facile à acquérir, je te l’accorde, parce qu’aux yeux des autres nous voulons toujours paraître différents de ce que nous sommes vraiment.
Pourquoi ?
Parce que nous avons besoin de nous sentir aimés, de ne pas être exclus du groupe, de la famille, de la société qui attendent quelque chose de nous en retour de leur affection, ou de leur protection.
Si je montre ma faiblesse, si mes défauts s’étalent au grand jour, je serai rejeté ?
C’est ce qu’on te fait croire, de façon à exercer sur toi une pression. En réalité, nous sommes un mélange délicat de forces et de faiblesses, de concertos réussis avec virtuosité et de fausses notes aboutissant à des cacophonies révélatrices. Trop souvent la honte de mal jouer notre partition en société nous saisit et nous paralyse. Le regard et le jugement des autres deviennent insupportables. Soudain nous nous retrouvons nus, misérables, exposés. Nous craignons qu’ils s’acharnent sur nos plaies, qu’ils y enfoncent le fer rouge du mépris ou que nous succombions à leur méchanceté. L’homme d’aujourd’hui vit cuirassé, bétonné, ficelé… parce qu’il veut échapper au regard inquisiteur de ses frères humains. Il ne voit pas d’autre issue s’il veut survivre ! Comprends-tu maintenant pourquoi nos fausses notes deviennent un révélateur de notre souffrance, et pourquoi elles sont si belles, si émouvantes ? Quand nos larmes coulent, quand nos doigts frappent une certaine touche… cela signifie que nous sommes « touchés », que la note a atteint une autre cible, plus secrète, plus sensible. Le témoin silencieux nous sourit alors à travers nos larmes. Il prend notre main et lui indique comment réussir un arpège ou un accord parfait… celui qui émane de l’âme et du silence, son meilleur allié. Cela s’appelle la VIE.
« Le Témoin silencieux » de Ode Pactat-Didier
L’idée de ce billet part d’une courte vidéo, réalisée par le Youtuber Zach Prewitt à partir d’une cinquante d’extraits de films avec des scènes dit « dos à la caméra ». En visionnant la vidéo, la première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est cet état de conscience particulier que l’on nomme communément « le témoin silencieux ». C’est un état de conscience et une perception à la fois. La perception est délocalisée, elle est hors du corps, souvent en surplomb, et à l’arrière de la personne (de notre corps quand on l’expérimente). Et je dois dire que c’est particulièrement caractérisé au travers de chacun de ces extraits.
The View: A « Back-to-the-Camera Shot » Supercut from Plot Point Productions on Vimeo.
Qu’autant de réalisateurs utilisent cet effet de style pour tourner des scènes épiques, c’est pour le moins troublant. Car la perception délocalisée du « témoin silencieux » n’est pas une expérience commune. Peut-être en avez-vous fait l’expérience au cours de circonstances particulières, comme lors d’un accident par exemple, à l’instant précis où l’on frôle la mort. C’est alors que l’on voit la scène en surplomb, et on se voit de dos à la même occasion, alors que…. tout devient lent. Si lent que le temps semble s’étirer, se dilater suspendant l’instant, offrant une intervalle, une sacrée parenthèse qui ouvre sur les choix entre plusieurs options, pour une action « juste » et appropriée.
Oui, c’est troublant que tant de réalisateurs utilisent cet effet quand les occasions accidentelles d’avoir accès au témoin silencieux et de VOIR de cette façon, ne sont pas légions. Ça me laisse songeur, m’amène à envisager que le témoin silencieux est là, toujours, quel que soit notre état de lucidité, il ne dort jamais.
Ce qui signifie qu’on peut le rejoindre à chaque fois qu’on le souhaite. Ce n’est pas juste une perception ou un état de conscience à obtenir, mais plus une partie de soi, qui nous constitue, peut-être même notre véritable nature, la racine de notre être. Celle qui voit d’un regard clair, sans filtre, libéré de tout conditionnement, et qui observe la personne que je suis, penser, bouger, agir, ressentir ou s’émouvoir…. il observe, avec détachement.
Rejoindre le témoin silencieux, c’est forcément ralentir. Car par nature, il est … comment dire… dilaté (?). Plus on investit le témoin silencieux, et plus on réalise qu’il est profond et illimité. Il est comme une goutte suspendue où se reflète tout ce qui existe démasquant l’illusion de la séparation entre moi et l’autre, entre moi et le paysage, la scène, entre le dedans et le dehors. C’est peut-être lui la porte d’accès à la conscience cosmique. Bon le terme est un peu redondant pour définir une vérité essentielle et simple (elle est forcément simple puisqu’elle est essentielle) : nous sommes le cosmos !

