Dénicher le reste du corps sur le site de l’ancienne gare routière, il ne faut pas y songer, mais tout le monde, a fortiori les scientifiques, a le droit de rêver…
«Rien de nouveau depuis 2007 ». Lapidaire, le constat de Frédérik Letterlé, responsable de l’archéologie à la DRAC, n’en est pas moins explicite : l’énigme du pied en bronze ne sera résolue ou perpétuée à jamais qu’à la faveur des fouilles sur les 7.200 m² de l’ancienne gare routière. Les recherches dureront une année avant l’attaque du chantier proprement dit.
Lancinantes sont les questions sur le mystérieux pied sectionné, mis au jour en décembre 2006 par les archéologues de l’INRAP (Institut national de la recherche en archéologie préventive).
Crime culturel
Si l’on se fie à l’étude de l’INHA (Institut national d’histoire de l’art), ce pied géant appartenait sans doute à une statue assise d’environ 2,50 à 2,70 m représentant un empereur en cuirasse ou une divinité gréco-romaine… qui s’appellerait Mercure.
Sur la foi d’un savoir-faire très caractéristique, il serait tentant de restituer le pied clermontois à la statue de Mercure, œuvre du sculpteur Zénodore qui fut érigée au sommet du puy de Dôme vers 60 avant J-C, mais l’affiliation repose sur le fil…
Car tout ce que l’on sait dudit Zénodore est tiré de l’Histoire naturelle de Pline l’ancien. « Aucune de ses œuvres ne nous est parvenue », concèdent Benoît Mille et Maria-Pia Darblade à propos du virtuel artiste d’origine grecque ou romaine.
Ces historiens de l’INHA datent le pied sans corps du II e siècle après Jésus Christ. En conséquence, rien ne confirme la présence du colossal Mercure au faîte du plus haut des volcans d’Arverne… Un scepticisme d’autant plus justifié que le pied est chaussé d’une botte de parade propre aux divinités grecques et romaines, aux militaires de haut rang et aux empereurs guerriers.
À la découverte du pied, les experts avaient estimé qu’il n’y avait aucune chance d’exhumer alentour des parties plus substantielles. À les entendre, le principal de la statue aurait été dépecé et refondu à l’épanouissement de la chrétienté hostile au polythéisme gréco-romain. En quelque sorte, il a été perpétré un crime culturel dont on désespère de connaître les circonstances comme de retrouver le « corps du délit ».

