Ma réincarnation

Namkhai Norbu Rinpoché a dû fuir le Tibet en 1959, à l’instar du dalaï-lama et de milliers de moines révoltés contre l’occupation chinoise. En Italie, où il s’est installé et marié, il s’est consacré à la perpétuation et au développement de la tradition tibétaine. Charismatique et plein d’humour, son enseignement lui a progressivement valu une notoriété internationale. Le maître espérait naturellement être suivi dans cette voie par son fils Yeshi, déclaré être la réincarnation d’un de ses oncles, également maître dzongchen. Le jeune homme acceptera-t-il cet héritage ? Ancienne secrétaire de Namkhai Norbu Rinpoché, la réalisatrice a accompagné cette famille hors du commun pendant plus de vingt ans…

Comment grandir dans l’ombre d’un père à la fois charismatique et absent ? Comment construire sa vie en composant avec le poids écrasant de la tradition, de l’héritage et du devoir ? C’est la question qui traverse ce documentaire au long cours, tourné pendant vingt ans au cœur d’une famille italienne pas tout fait ordinaire. Namkhaï Norbu Rinpoché est un maître bouddhiste tibétain exilé en Europe. Une quasi-star pour les fidèles qui viennent suivre ses enseignements et recueillir ses conseils. Pour son fils Yeshi, c’est presque un inconnu, et pas du tout un saint : « Je vois mon père environ une fois par an, et nous ne parlons jamais de choses personnelles », confesse l’étudiant, entre incompréhension et reproche, à l’entame du film. En rupture avec le modèle paternel, Yeshi, qui a été reconnu comme la réincarnation d’un de ses oncles, n’imagine pas devenir maître bouddhiste à son tour. Il rêve d’une vie « normale » d’« Italien moyen ».

https://www.youtube.com/watch?v=BfJtcRxw3eo

Mais la vie a ses surprises, et les héros leurs faiblesses. Devenu « père de famille ordinaire » et businessman, Yeshi doit faire face à la maladie soudaine de son père. Héritier malgré lui, le fils prend peu à peu la relève, se coule avec une conviction grandissante dans la responsabilité spirituelle qui lui était promise depuis l’enfance.

Un revirement auquel ce film sans commentaire laisse sa part de mystère. Prendre le temps de regarder les hommes changer, c’est le pari et la force du travail de Jennifer Fox : en juxtaposant les propos de Yeshi et de Rinpoché, en les saisissant dans leur quotidien le plus ordinaire pendant deux décennies, elle trace, autour de cette relation filiale hors norme, un lent et touchant récit initiatique. — Virginie Félix

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